Oui, un rapport remis au gouvernement le lundi 28 septembre 2026 recommande de réduire le nombre de maternités en France, jugé « insoutenable », et de transformer les plus petites en centres périnataux de proximité où l’on serait suivie pendant la grossesse, sans y accoucher. Rien n’est décidé à ce stade : ce sont des propositions, que la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, doit maintenant arbitrer. Mais pour les futurs parents, elles dessinent ce que pourrait devenir le parcours de grossesse dans les prochaines années.
En bref
- Le rapport « Pour une politique périnatale à la hauteur des enjeux » a été remis le 28 septembre et rendu public le 29 septembre 2026.
- Il propose une règle nationale pour décider quelles maternités garder, avec un seuil de 300 naissances par an parmi les critères, mais pas comme couperet automatique.
- Les maternités fermées deviendraient des centres périnataux de proximité (CPP) : suivi de grossesse, consultations, transport organisé vers la maternité.
- Seuls 3 des 4 experts ont signé : la sage-femme de la mission a refusé, jugeant le texte trop centré sur l’hôpital.
Plan de l'article
Pourquoi ce rapport maintenant ? #
Le point de départ, c’est un chiffre qui inquiète les pédiatres depuis plus de dix ans : la mortalité infantile (les décès d’enfants avant leur premier anniversaire) remonte en France. Selon le rapport, elle est passée de 3,5 pour 1 000 naissances en 2011 à 4,1 ‰ en 2024, soit près de 2 700 enfants décédés avant un an, environ un sur 250. Cette hausse se concentre sur le premier mois de vie : la mortalité entre le 1er et le 27e jour est passée de 1,5 ‰ à 2,0 ‰.
La France fait figure d’exception : en 2023, son taux atteignait 4,0 ‰ contre 3,3 ‰ en moyenne dans l’Union européenne, alors que la plupart des pays de l’OCDE ont continué de progresser. C’est pour répondre à ce décrochage que la ministre a missionné, le 5 février 2026, quatre spécialistes : une anesthésiste-réanimatrice (Pr Marie-Pierre Bonnet), un gynécologue-obstétricien (Pr Loïc Sentilhes), une pédiatre (Pr Elsa Kermorvant) et une sage-femme libérale (Eliette Bruneau). Le rapport final, de 103 pages, est daté de septembre 2026.
Le cœur du rapport : trop de petites maternités #
D’après la Drees, le service statistique du ministère de la Santé, la France comptait 445 maternités en 2024, soit 88 de moins qu’en 2014, pour 646 100 accouchements. En métropole, 147 sont de type 1, c’est-à-dire sans service de néonatologie.
« Le maintien d’un nombre important de maternités à faible activité mobilise des ressources humaines disproportionnées pour assurer une permanence des soins 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. »
— Rapport de la mission périnatalité, septembre 2026
Concrètement, une maternité doit avoir, jour et nuit, un gynécologue-obstétricien, un anesthésiste, un pédiatre et des sages-femmes présents ou d’astreinte. Quand l’activité est faible et que ces spécialistes manquent, l’hôpital recourt massivement à l’intérim, avec des équipes qui changent sans cesse. Le rapport y voit un « cercle vicieux » : moins d’accouchements, moins d’expérience des urgences, moins d’attractivité, plus de recrutements difficiles.
Les auteurs critiquent aussi la manière dont les fermetures se font aujourd’hui : « dans l’urgence », souvent après un incident grave, sans concertation. Résultat, les maternités voisines doivent absorber les naissances sans renfort. Ils écrivent noir sur blanc que la restructuration « ne doit donc pas être envisagée comme une politique de réduction du nombre de maternités mais comme une politique d’amélioration de la qualité des soins ».
Comment seraient choisies les maternités à garder #
La mission propose un « référentiel national multicritère, transparent et public », sur lequel les agences régionales de santé (ARS) s’appuieraient. Il mêlerait plusieurs familles de critères :
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| Type de critère | Ce que le rapport cite |
|---|---|
| Réglementaire | Seuil minimal de 300 naissances par an (décrets de 1998), permanence pédiatrique conforme |
| Sécurité | Événements indésirables graves, mortalité et complications maternelles et néonatales |
| Territorial | Distance des autres maternités, montagne, îles, déserts médicaux |
| Organisationnel | Dysfonctionnements répétés, difficultés chroniques d’effectifs |
Nuance importante : une maternité qui fait peu d’accouchements « peut demeurer indispensable dans un territoire isolé », souligne la mission. À l’inverse, deux établissements plus gros mais proches et en manque chronique de soignants pourraient être regroupés.
Et moi, enceinte, qu’est-ce qui changerait ? #
Si ces propositions étaient retenues, voici ce qui pourrait évoluer pour une future maman vivant près d’une petite maternité :
- Le suivi resterait proche : le centre périnatal de proximité assurerait les consultations de grossesse, de gynécologie, de contraception et d’IVG, et des consultations spécialisées, voire une présence 24 h/24 avec télé-expertise de la maternité de référence.
- L’accouchement se ferait plus loin, dans une maternité équipée. Le rapport propose qu’un transport sanitaire (VSL ou taxi conventionné) puisse être déclenché à toute heure depuis le CPP, pris en charge par l’Assurance maladie, avec une sage-femme si besoin.
- Un hébergement avant le terme : le dispositif « Engagement maternité » permet déjà aux femmes vivant à plus de 45 minutes d’une maternité d’être logées à proximité jusqu’à 5 nuits avant la date prévue. La mission juge cette durée trop courte (seuls environ 25 % des accouchements sont déclenchés et 10 % sont des césariennes programmées) et veut l’élargir, y compris à l’accueil du conjoint et des autres enfants.
- Le lieu de naissance au choix sur l’état civil : idée symbolique, les familles pourraient inscrire comme lieu de naissance officiel leur commune, le CPP de suivi ou la maternité d’accouchement.
Le rapport touche aussi au quotidien des jeunes parents. Il veut renforcer le soutien à l’allaitement : selon le document, près de 3 femmes sur 4 commencent à allaiter à la maternité, mais seule 1 sur 2 allaite encore à 2 mois, et moins de 20 % à 4 mois. Si vous allaitez, nos conseils pour stimuler la lactation peuvent aider.
Pourquoi les sages-femmes ne suivent pas #
Le rapport n’est signé que par les trois médecins. Eliette Bruneau, la sage-femme libérale de la mission, a refusé. Selon le site médical Egora, elle déplore dans une lettre à la ministre une « vision hospitalo-centrée très éloignée du terrain ». Le Conseil national des sages-femmes de France a annoncé se « désolidariser » du rapport final.
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Ses désaccords sont détaillés en annexe du rapport : elle conteste notamment l’idée d’évaluer l’entretien prénatal précoce et le dispositif de sage-femme référente, et craint que les CPP se substituent aux professionnels libéraux déjà présents. Les trois signataires répondent qu’une grossesse à bas risque donne lieu à environ 25 consultations remboursées et qu’il faut vérifier l’absence de doublons.
Cet article est informatif. Il ne remplace pas l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin, seuls à même de vous orienter vers la maternité adaptée à votre grossesse.
Questions fréquentes #
Ma maternité va-t-elle fermer ?
Aucune fermeture n’est décidée par ce rapport. Il recommande de bâtir une règle nationale de décision ; ce sont ensuite les ARS qui accordent ou retirent les autorisations. La ministre n’a pas encore annoncé ce qu’elle retient.
Qu’est-ce qu’un centre périnatal de proximité ?
C’est un lieu de soins sans salle d’accouchement : on y fait le suivi de grossesse, les consultations de gynécologie, de contraception, et le suivi après la naissance. L’accouchement a lieu dans une maternité de référence.
Pourquoi parle-t-on de 300 accouchements par an ?
C’est le seuil minimal d’activité fixé par les décrets de périnatalité de 1998. Le rapport le cite comme un critère parmi d’autres, à côté de la sécurité des soins et de l’isolement géographique.
À retenir
- Le rapport juge « insoutenable » le maillage actuel de 445 maternités et veut une règle nationale pour le revoir.
- Les petites maternités deviendraient des centres de suivi de proximité, avec transport et hébergement organisés pour l’accouchement.
- Ce ne sont que des recommandations : rien ne change aujourd’hui pour votre suivi.
- Les sages-femmes contestent le texte : le débat ne fait que commencer. Prendre soin de soi pendant cette période compte aussi : voir notre guide sur la santé mentale de la femme enceinte.
Sources : rapport de la mission périnatalité (sante.gouv.fr), Drees, Les établissements de santé, édition 2026, Egora, 20 Minutes / AFP.




